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Cas d’école : et si on débranchait le réacteur n° 2 de Tricastin

18 janvier 2011

Le 15 janvier a débuté la troisième visite décennale sur le réacteur n° 2. A l’issue de ce « contrôle technique », qui implique l’arrêt du réacteur pendant 4 ou 5 mois, l’ASN donnera son autorisation  à la prolongation de son activité pour 10 ans (soit de 30 ans à 40 ans).

Le 15 janvier a débuté la troisième visite décennale sur le réacteur n° 2. A l’issue de ce « contrôle technique », qui implique l’arrêt du réacteur pendant 4 ou 5 mois, l’ASN donnera son autorisation  à la prolongation de son activité pour 10 ans (soit de 30 ans à 40 ans).

Et si, au lieu de le prolonger, on l’arrêtait… purement et simplement …maintenant …

Le 15 janvier dernier a débuté la troisième visite décennale sur le réacteur n° 2. A l’issue de ce « contrôle technique », qui implique l’arrêt du réacteur pendant 4 ou 5 mois, l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) donnera son autorisation  à la prolongation de son activité pour 10 ans (soit de 30 ans à 40 ans). Il convient de savoir que l’ASN a déjà donné son accord générique à la prolongation des réacteurs du même type que ceux de Tricastin, chaque réacteur faisant par la suite l’objet d’une autorisation au cas par cas, peu importe s’il apparaît au cours de l’inspection des défaillances rédhibitoires qui, rétrospectivement, auraient pu entraîner une catastrophe.

Tricastin n°2 produira bientôt de l’électricité complètement inutile…

A ce jour, 3 des 4 réacteurs du Tricastin servent à produire de l’électricité pour alimenter l’usine d’enrichissement d’uranium Eurodif qui fonctionne par diffusion gazeuse. En 2012, cette usine sera remplacée par l’unité George Besse II, qui utilise le procédé d’ultracentrifugation. La consommation de GBII sera 50 fois moins gourmande en électricité qu’Eurodif (soit 50 MW au lieu des 3000 MW requis aujourd’hui). (1)

L’électricité produite par 3 des réacteurs de Tricastin devient ainsi disponible. Est-il pour autant utile d’injecter cette électricité disponible dans le réseau ?

. On ne peut invoquer la croissance de la demande en électricité, stagnante depuis 2005

. On ne peut invoquer une quelconque pénurie d’électricité en France, puisque la France est globalement exportatrice (même si elle doit importer de l’électricité en périodes de pointe, le nucléaire étant incapable de fournir durant les pics de consommation, pics dus en particulier à la promotion des chauffages électriques). L’exportation de l’électricité représente l’activité de 10 réacteurs sur les 58 réacteurs français (2).

Comment, dès lors, justifier la prolongation de Tricastin n°2 au vu des coûts financiers et des risques associés ?

– Coûts financiers : Henri Proglio, PDG d’EDF estime à 600 millions, par réacteur, le coût de l’investissement pour la rénovation des centrales existantes (3). Pour exemple, à Fessenheim, suite à la 3è visite décennale, l’ASN a requis le remplacement de trois générateurs de vapeur (coût 150 millions d’euros) pour cause de graves anomalies.

– Risques d’accident grave – la probabilité augmente avec le vieillissement :

. Tous les éléments du réacteur vieillissent, les générateurs de vapeur, l’enceinte de béton, les soudures, tout…et en particulier les cuves du réacteur. Le remplacement d’une cuve, qui joue un rôle crucial dans la sécurité de l’installation (4) et qui est soumise à des contraintes énormes, n’est cependant pas envisagé sur ce type de réacteur pour des raisons de coûts et de faisabilité, postulant que « «  la rupture de la cuve est un accident inenvisageable » …. « dont les conséquences ne sont donc pas prises en compte dans l’évaluation de la sûreté du réacteur »,

. Risques liés à la maintenance, à la perte de savoir-faire, à l’augmentation de la sous-traitance (85% des accidents sont liés à des défaillances humaines), à la difficulté de trouver le matériel de rechange,…

Risques liés à l’activité sismique : voir à titre d’exemple la récente déclaration d’EDF à l’ASN sur une anomalie générique de tenue au séisme de divers matériels dans les réacteurs de 900MW dont Tricastin. (5)

– Risques sanitaires : inestimables, puisque sur ce sujet l’omerta règne, qu’aucune étude sérieuse n’est entreprise et que les registres de cancer sont inexistants sur ce territoire. Comment donc estimer les dégâts génétiques, les maladies cardio-vasculaires, les cancers induits ?

– Rejets et déchets : comment justifier que le réacteur n°2 de Tricastin puisse continuer à rejeter de la radioactivité dans l’eau, dans l’air, à polluer les sols et à produire des déchets ingérables, dont 330 kilos de Plutonium par an, soit l’équivalent de 54 bombes atomiques (9) ?

Comment justifier l’injustifiable ? Alors si on débranchait…maintenant ?
Chiche !

___________________________________________________________________________

(1) Ce qui ne constitue en rien, ici, une promotion  de ce procédé. C’est toute la filière nucléaire qui est condamnable.

(2) En 2009 la production annuelle d’électricité en France s’élevait à 518,8 TWH, dont 75,2% d’origine nucléaire, soit 390,13 TWH (pour 58 réacteurs). L’exportation annuelle d’électricité représente 68 TWH, soit 10 réacteurs

(3) « … , nous devons par exemple anticiper le coût des investissements nécessaires à la rénovation de notre parc de centrales sur deux périodes de dix ans. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’ayant pas fourni d’indications particulières à ce jour, je l’ai quant à moi d’abord estimé à 400 millions d’euros avant de prendre mes fonctions, puis à 600 millions d’euros, pour chacune des 58 tranches nucléaires sur vingt ans. C’est donc au final 35 milliards qui seront nécessaires à l’extension de la durée de vie de notre parc !…. »

Henri Proglio, PDG d’EDF en mai 2010

(4) « La cuve joue un rôle essentiel vis-à-vis des trois fonctions de sûreté du réacteur :
– confinement de la matière radioactive ;
– maîtrise de la réactivité ;
– refroidissement du coeur.
L’intégrité de la cuve du réacteur constitue donc un élément essentiel de la démonstration de
sûreté des centrales nucléaires. La rupture de cet équipement n’est en effet pas postulée dans les études de sûreté et c’est la raison pour laquelle toutes les dispositions doivent être prises dès la conception de l’équipement afin de garantir sa tenue pendant toute la durée d’exploitation du réacteur.
La cuve est par ailleurs un équipement difficilement réparable et dont le remplacement n’est, à ce jour, pas envisagé sur les réacteurs de conception semblable à ceux exploités par EDF. »

Note ASN du 25 novembre 2010

(5) « Le 8 décembre 2010, EDF a informé l’ASN d’une anomalie de tenue au séisme de divers matériels situés dans la station de pompage de certains réacteurs de 900 MWe (centrales de Cruas, Tricastin, Blayais et Gravelines) et de 1300 MWe (centrales de Penly et Flamanville, réacteurs n°3 et 4 de Paluel).
Les matériels concernés sont des structures métalliques secondaires (consoles, escaliers…), ou des éléments secondaires préfabriqués en béton armé (panneaux verticaux à côté d’un escalier). En cas de séisme, ces éléments pourraient se désolidariser et endommager des matériels nécessaires pour refroidir le réacteur tels que des pompes, des tuyauteries, de l’instrumentation faisant partie du circuit de refroidissement en « eau brute secourue » (SEC). »

(6) « En première approximation, un réacteur produit…un gramme de plutonium par jour et par MW de puissance thermique (les réacteurs à eau légère produisant moins que les graphite-gaz). Ainsi, en France, les réacteurs nucléaires produisent chaque année environ 11 tonnes de plutonium[19].) »
……
Un gramme de plutonium par jour et par MW, soit 0,9 kilos par jour pour le réacteur n°2, soit 328 kilos par an (soit l’équivalent de 54 bombes atomiques), sachant que le plutonium doit se gérer au milligramme près (risques sanitaires et risques de criticité)….

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